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Nos données nous appartiennent, nous avons appris à les lire

Seize ans de projets, de marchés et de factures vivent dans notre logiciel de gestion. Pour les lire autrement que par ses écrans, il fallait passer par une porte payante et incomplète. Nous avons appris à lire directement ce qui est à nous, et nous l'avons prouvé jusqu'à l'octet avant de basculer.

Matthieu Coquery Architecte, associé fondateur d'OVGA

La mémoire d'une agence tient dans une base de données

Seize ans de projets, de marchés signés, de situations de travaux, de factures, de règlements, d'entreprises consultées : tout cela vit dans notre logiciel de gestion d'agence. C'est lui qui sait ce que nous avons promis à qui, ce que nous avons payé, ce qu'il reste à recevoir. Ce n'est pas un outil parmi d'autres, c'est la mémoire comptable et contractuelle de la maison.

Cette mémoire est à nous. Chaque ligne a été saisie par quelqu'un de l'équipe, chaque montant vient d'un chantier que nous avons conduit. Et pourtant, pour la lire autrement que par les écrans du logiciel, il fallait passer par une porte que nous n'avions pas construite : une interface payante, incomplète, capricieuse. Certaines questions restaient sans réponse parce que la porte ne les prévoyait pas. D'autres demandaient des centaines d'allers-retours pour un simple état des lieux.

On ne loue pas sa propre mémoire

Un contractant général promet une chose simple à son client : un seul interlocuteur, qui sait tout du projet et qui en répond. Cette promesse a une condition que l'on oublie : il faut réellement savoir. Pas savoir où chercher, savoir. Au moment où le client appelle, l'information doit être là, complète, à jour, croisée avec le reste.

Tant que notre propre information ne nous était accessible qu'à travers la porte d'un tiers, nous ne tenions cette promesse qu'à moitié. Nous savions, mais lentement, partiellement, et sous condition d'un abonnement. Une entreprise qui répond de tout ne peut pas dépendre d'une clé qu'elle ne détient pas.

Lire directement ce qui est à nous

Au début de l'été, nous avons décidé de ne plus passer par la porte. Le logiciel range ses données dans un fichier, un gros fichier, un peu plus de six gigaoctets. Ce fichier est chez nous, sur notre machine. Avec l'aide de l'IA, nous avons appris à le lire directement, en lecture seule, sans jamais toucher au logiciel qui continue de le tenir. Deux jours de travail.

Puis nous avons fait la seule chose qui compte quand on touche à la comptabilité d'une entreprise : prouver. Pendant que l'ancienne porte fonctionnait encore, nous avons reconstruit les mêmes seize tables par les deux chemins et comparé le résultat, ligne à ligne, jusqu'à l'octet. Seize tables sur seize identiques, sur quelque quarante-six mille lignes. Ce jour-là seulement, nous avons basculé. Quelques semaines plus tard, le rapprochement avec la comptabilité de chantier tombait au centime.

Nous n'avons rien remplacé. Nous avons cessé de demander la permission de lire ce que nous avions écrit.

Ce que ça change, pour l'équipe et pour le client

Pour l'équipe, la différence est quotidienne et presque banale. Un chef de projet demande, en français, quel est le dernier devis validé sur telle opération, ou où en est le paiement d'un acompte : la réponse vient de la base elle-même, immédiate, sans changer d'écran. Notre application interne s'appuie sur la même source pour le planning, le suivi financier, le rapprochement des factures. L'information circule au lieu d'attendre qu'on aille la chercher.

Pour le client, cela ne se voit jamais directement, et c'est bien ainsi. Cela se voit dans la vitesse et la sûreté des réponses : un montant cité de mémoire qui est le bon, un état d'avancement financier qui ne demande pas trois jours, un interlocuteur qui répond au lieu de rappeler. Nous ne dépendons plus de la porte payante. Elle existe encore ; nous ne l'utilisons plus.

Ce que nous en retenons

La leçon n'est pas technique. Elle tient à ce que nous acceptons de ne pas maîtriser. Nous avions accepté, comme tout le monde, que notre mémoire d'entreprise nous soit rendue par petites portions, moyennant abonnement. Il a suffi de décider que ce n'était pas normal, puis de le prouver avec la rigueur qu'on applique à un chantier, pour que cette évidence tombe.

Nous continuerons d'utiliser le logiciel. Il fait bien son travail de saisie et de gestion. Simplement, ce qu'il contient nous appartient, et nous le lisons désormais comme on lit ses propres archives : sans intermédiaire.

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